Imprévisible
Depuis quelques mois nous ressentons chez toi un stress permanent en te reconduisant chez ta mère. Alors que tout va bien et que tu as un large sourire, tu es totalement effacé dès que tu montes dans la voiture. Tout le long du trajet, soit tout de même 30 minutes, tu ne dis rien.
J’ai du mal à analyser ta peur car tu as extrêmement de mal à te libérer. Tu sais que si tu parles de ta vie quotidienne, ta mère va se retourner contre toi. "Il ne faut rien dire !!"
Nous continuons de profiter de nos week ends. Le 31 mai 2003 tu assistes pour la première fois de ta vie à un concert. Caline et moi t’emmenons voir Tri yann. Ce n’est peut être pas ton style de musique mais tu découvres les sensations du « live ».
Je tente d’en savoir un peu plus sur ton mal être. Je te dis que si tu n’es pas bien, il faut m’en parler, que nous sommes à ton écoute.
Alors au fur et à mesure que le temps passe, tu nous expliques que tu n’es pas heureux chez ta mère, qu’elle préfère ton petit frère et que tu en as marre de cette situation. Il ne s'agit peut être que de jalousie ?
Tu passes le mois de juillet 2003 à la maison. Entre temps je viens de demander Caline en mariage. Plus jeune, je trouvais cela ridicule. Moi me marier ! Jamais ! Comme quoi, il est possible de changer d’avis quand on rencontre la « bonne » personne.
C’est fin juillet que tu as un déclic. Tu es censé retourner chez ta mère le jeudi 31 juillet. Mais tu veux assister au spectacle que j’organise avec des enfants de centre de loisirs.
Alors que je suis en pleine répétition, je reçois un appel de Caline. Tu es en pleurs car tu n’oses pas téléphoner à ta mère pour lui demander de rester. Elle n'aura pas vraiment le choix.
Mais en fait tu veux rester avec nous tout le mois d’août. Nous devons partir à Camaret durant un week end. Quelque soit l’endroit, je crois que ton seul but est de ne pas passer le restant de tes vacances avec ta mère. Nous trouvons un compromis. Tu retournes chez ta mère le 4 aout, tu reviens le 7 aout et tu passeras le week end en Bretagne avec nous.
Mais tu veux plus que cela : tu veux vivre avec ton papa et Caline. Nous t’expliquons que le mieux serait d’attendre une année pour être certain de ton choix et si c’est le cas, déclencher les démarches judiciaires afin d’être dans la totale légalité. Nous sommes honnêtes avec toi et te disons que la vie quotidienne chez papa ne sera pas la même que durant les vacances. Il te faudra travailler correctement au collège car il est évident que ta mère se fera un malin plaisir de nous critiquer. Il te faudra également expliquer à ton petit frère que tu vas vivre chez ton père et qu’il ne te verra pas autant ….Ah non c’est vrai, il ne sait pas que « l’autre » existe. La difficulté sera donc encore plus grande.
Nous te demandons de nous expliquer ce qui ne va pas chez ta mère pour que de notre côté, si tu habites avec nous, nous ne fassions pas les mêmes erreurs. Alors tu écris tout cela sur un morceau de papier.

Pour certainement la première fois tu deviens responsable. Pour la première fois tu as le choix de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire.
Je pousse cette responsabilité très loin en te demandant d'engager un dialogue avec ta mère sur ton désir de changer de lieu de résidence. S’il ne s’agit que d’une envie passagère, tu n’oseras pas lui en parler. Tu la crains tellement....
Comme prévu tu reviens le 7 aout 2003. Tu as eu le courage d’avoir une discussion avec ta mère. Elle est tellement aigrie qu’elle se débarrasse de toi. C'est très clair dans son courrier.
Je passe une nouvelle fois pour un menteur, mais la manipulation ne fonctionne plus. Tu as décidé seul de venir vivre avec nous. Nous ne t'avons jamais influencé et tu le sais..
Heureusement que Caline est là pour m’aider dans les démarches administratives car je travaille tous les jours. La rentrée scolaire va avoir lieu dans moins d’un mois et il faut te désinscrire de ton collège actuel (contrairement à ce qu’elle écrit, ta mère n’a rien fait), te trouver une place dans le collège de notre ville, s’occuper des assurances, de ta mutuelle, etc…et cela en quelques jours.
Sachant qu’il faut s’attendre à toutes les possibilités, je dépose une main courante à la police pour que ta mère et « Monsieur C » ne puissent pas m’accuser de kidnapping. Il faut mieux être prudent, je connais leurs pratiques.
Le lendemain, je décide de téléphoner à ta mère. Entre ses insultes, je l’invite à venir te chercher les week ends sous les mêmes conditions que moi auparavant. En fait, je demande que l'on inverse les rôles, le versement de la pension alimentaire y compris.
Et là elle ne se contrôle plus : « tu veux l’argent de mon mari, il est hors de question que je te donne quoi que ce soit, va te faire foutre ».
Tiens c'est étonnant de voir combien une pension alimentaire n'est plus importante pour l'éducation de son fils quand c'est à la mère de la payer !
« Monsieur C » répond à sa place. Au moins avec lui, c'est clair : « Gros con, je vais venir te casser la gueule ».
Je prèfère prévenir la police de ses menaces. Si jamais il m’arrive un "incident", la police saura vers qui se tourner.
Notre week end à Camaret nous fera le plus grand bien. Un endroit calme et tranquille ou la haine ne passe pas la frontière.