On achève bien les chevaux
Un soir, mon père se plaint d’avoir mal au niveau des poumons. Un médecin de nuit passe pour l’ausculter. Pour lui rien de grave il s’agit de douleurs intercostales mais par précaution, prescrit une radio des poumons.
Ton papy fumait depuis son enfance. Deux paquets par jour au minimum. On lui demandait qu'il réduise sa consommation de tabac car il avait tendance à tousser fortement. Mais non, il n'en faisait qu'à sa tête. Il disait avec humour noir : "il faut bien mourir de quelque chose ".
Ton papy avait du mal à exprimer ses sentiments envers moi lorsque j’étais jeune. Il était bricoleur et manuel. Il ne trouvait pas important de m’apprendre, il préférait tout faire à ma place, comme le simple fait de réparer le pneu d’un vélo.
Alors dès que possible, il s’est rattrapé sur toi. Il t’aimait très fort et voulait le bonheur de son fils et de son petit fils. Il aimait t’emmener à la pêche.
Je l’ai vu à plusieurs reprises s’énerver, parfois les larmes aux yeux de me voir revenir sans toi.
Suite à sa radio des poumons, il arrive dans le salon, ma mère le visage décomposé et lui en pleurs : « j’ai un cancer, je suis foutu ».
Son cancer est bien avancé. Il va devoir se battre moralement et physiquement et devoir supporter la chimiothérapie. Peut être va-t-il survivre ?
Ma mère me demande de trouver un logement, soi disant que ce sera mieux pour mon père. Il sera au calme. Je crois qu’elle avait surtout du mal à voir « Tinange » souvent à la maison. On trouvera très rapidement une petite maison en location en centre ville.
Mon père à un cancer. Mon père va souffrir et mourir. Tout cela perturbe la famille. Nous décidons de ne pas te l’annoncer.
Totalement déboussolé, alors que je pensais l'avoir fait, j’oublie d' envoyer un mois avant ma demande pour te prendre pour les vacances d'hiver. Nous sommes en année impaire tu dois donc passer la première moitié des vacances avec moi.
Je ne voulais pas que ta mère sache la maladie de ton papy, mais je me dis qu’elle doit avoir au fond d’elle-même un minimum de cœur et de sensibilité.
Je décide de lui envoyer un courrier qu’elle reçoit le 10 décembre. Dans ce courrier je lui explique que ton papy est malade, qu’il s’agit certainement du dernier noël que tu passeras avec lui et que même si je n’ai pas envoyé ma demande un mois avant comme le stipule l’ordonnance, qu’elle laisse sa haine de côté pour que tu puisses profiter de cet instant avec ton papy.
Je pensais avoir perdu le courrier de réponse de ta mère. Fort heureusement je l’ai retrouvé hier.
Oui c’est bien ta mère qui écrit : "tes problèmes personnels ne nous regardent pas"./."Je n’ai pas à m’apitoyer sur ton sort" .
Dans son courrier elle nie t'avoir dis que tu ne viendrais pas, c'est ce que tu m'avais rapporté, tu n'avais pas menti. Tu n'as pas passé Noël 97 avec ton papy.
En 1998, année paire, tu es venu au jour de l’an. En 1999, année impaire tu étais avec nous à Noël. Mon père était mort.