Se battre ou disparaitre
Je vais de plus en plus mal. Je continue d’animer dans les grandes surfaces et « Mademoiselle Ninouillette » me remplace dans mon vidéo club. Une très grande amitié s’installe entre elle et moi. Elle fait preuve d'un véritable soutien moral.
Je n’ai plus d’argent pour payer les factures du magasin comme celles de l’appartement. Je n’ai plus de quoi me payer à manger. C’est triste à dire mais je n’ai même pas de quoi manger !! Je maigris à vu d’œil, je ne pèse plus que 50 kg. Mon seul vrai repas : une pizza chaque lundi soir. Sinon je me nourris de biscuits et de lait. Lors de mes animations en grandes surfaces, j'achète quelques sandwichs et profite des dégustations gratuites.
En ce qui concerne mon bien être, je récupère un matelas pour enfin dormir dans ma chambre. Je ne veux pas dormir dans ton petit lit, je n’ai pas à prendre ta place.
Je ne te vois pratiquement plus. Mes appels restent sans réponses.
Alors le jour ou ta mère me demande une nouvelle fois ma voiture pour sa petite sortie du week-end, je lui explique que son « prêt » voiture contre son « prêt » enfant n’avait plus lieu d’être.
Jamais plus elle n’aura la voiture. Cela n’arrange rien puisque je ne te vois plus.
Je n’ai aucun moyen de financer un avocat.
Un jour je suis fier de réussir à convaincre ta mère à ce que tu puisses passer le week end chez moi. La joie est de courte durée.
Un soir, elle me téléphone et m’insulte car je n’ai pas payé un de ses crédits à la "con"sommation. Je lui explique que je n’ai même pas de quoi manger et que je ne vais pas bien. Elle me rétorque tout simplement : «ah bon parce que moi çà va bien !!!!! » et "si tu ne paies pas la facture tu n’auras pas ton fils ". Je n’ai pas payé, tu n’es pas venu chez moi.
Un scandale a failli éclater dans la famille de ta mère. Sa cousine se marie et son futur marié me veut comme témoin. Si ce n’est pas moi, il ne se marie pas !
Le mariage se déroule sans accrocs, ta mère n’étant pas présente dans la journée. Elle n’arrive que le soir. Tout est bien organisé pour le repas car nous sommes éloignés l’un de l’autre.
Et puis elle ne tient plus. Elle doit enrager de me savoir ici et pas « Monsieur C ». Elle se lève, vient à ma rencontre et me demande ce que je fais là dans SA famille. Très calmement je lui réponds que je ne suis pas dans SA famille mais avec MES amis.
J’en profite pour lui demander si tu peux dormir chez moi mais me rétorque que NON : tu as soit disant de la fièvre….
Le marié vient me voir et me dit qu’il va demander à ta mère de quitter la soirée. J’arrive à le convaincre du contraire.
Quelques temps après je sombre. En plus de ne plus te voir, les huissiers font leurs apparitions. Mon échappatoire pendant quelques temps, le soir, est l’alcool. Quelle chance pour moi je travaille en animation pour la société Ricard. Alors je n’ai pas à débourser un seul centime pour acheter mon breuvage.
Il est franchement plus drôle d’ouvrir des courriers de huissiers qui vous harcèlent quand on est saoul. Et puis l’autre avantage de l’alcool est qu’il te fait oublier la faim.
Alors je rêve de pouvoir stopper le temps, juste pour une journée. Juste une journée où il m’est possible de respirer sans avoir une lettre de huissier, un appel ou un courrier d’insulte de ta mère. Une journée que l’on puisse passer heureux tous les deux !
Mais stopper le temps est impossible.
Alors autant mourir.
Deux fois je pense mettre fin à mes jours.
La première fois c’est parce que tu es là mon fils. Ta mère a bien voulu te « prêter ». L’idée me traverse l’esprit mais tu es là, avec moi, je ne peux pas te faire subir cela.
La deuxième fois, je m’apprête à faire couler un bon bain et jeter un appareil électrique dedans. Au moment où je dois agir, la sonnerie de mon téléphone retentit. C’est Mademoiselle Ninouillette qui me demande si elle peut passer. J’accepte. Elle me sauve la vie. (Merci à toi ma «sœur de cœur »).
Enfin une personne à qui je confie mal être réussit à me convaincre de revoir mes grands parents. Pour mémoire, je ne vois plus mes parents suite à leur décision de ne pas nous louer leur maison et du coup je me suis éloigné de ma famille.
Au pire on ne m’ouvre pas la porte….
Je suis accueilli les bras grands ouverts. Ils pensent que je vis toujours en famille. Ils tombent de haut lorsqu’ils apprennent la situation de ma vie actuelle.
Alors que je ne vois plus mes parents depuis plusieurs années, mes grands parents jouent les médiateurs pour que je puisse renouer des liens. Après de très longues minutes de discussions ils arrivent à me convaincre.
Mes grands parents étaient des gens formidables.
Tu en connais toi des grands parents qui cachent à leur propre enfant qu’ils voient en cachette leur petit fils ?
Connaissant mes soucis financiers mes parents décident de financer un avocat pour obtenir ce que l’on appelle le « droit parental ». En clair obliger ta mère à respecter et accepter ce que je suis : ton père.
Un espoir renaît en moi. Mais qu’est ce qu’une décision de justice face à une mère qui ne pense pas au bien être de son enfant ?