Une page se tourne
Ta mère ne supporte pas la situation actuelle. Elle est troublée. « Monsieur C » se détache d’elle et elle ne supporte pas que « l’autre » profite de sa nouvelle vie.
Alors, les quelques jours qui lui restent avant d’obtenir les clefs de son appartement sont un calvaire. Elle ne mange pas et vit dans le noir toute la journée. Son rêve est de vivre une histoire comme celle des « héros » du film « Tueurs nés » et trouve qu’il n’y pas à s’émouvoir de l’histoire vraie de « la Liste de Schindler » : « je n’étais pas née à cette époque, çà ne me concerne pas ».
Je me retrouve chez mes amis étudiants à une soixantaine de kilomètres de mon appartement. Mademoiselle Ninouillette reste avec ta mère et toi.
Au milieu de la soirée on reçoit un appel de Mademoiselle Ninouillette : je dois rentrer de toute urgence à mon domicile.
Ta mère a absorbé un puissant sédatif. Le médecin de garde hésite à l’envoyer à l’hôpital pour divers examens.
Tu n’as même pas 3 ans. Que se serait-il passé sans la présence et le sang froid de Mademoiselle Ninouillette ?
Le lendemain, ta mère est incapable d’avoir un minimum de cohérence. J’essaie de la convaincre que son geste est irréfléchi, qu’elle a un fils qui aura besoin d’elle toute sa vie. Elle s’en moque : « ma mère s’occupera de lui … »
Je jette ses médicaments.
C’est aussi le jour de ton spectacle organisé par l’école. Tu dois t’en souvenir. Tu es adorable, habillé en casimir tout comme l’ensemble de tes camarades de maternels.
Ta mère ne veut pas venir. Je la pousse à changer d’avis. Les insultes pleuvent : « J’en ai rien à foutre du spectacle », « tu peux dégager, tais toi ».
Entre deux insultes, j’arrive tout de même à la convaincre de se lever de son lit.
Le lendemain je préviens son médecin de son geste du week end. Il me remercie car elle a de nouveau pris rendez vous avec lui. Il me rassure en m'expliquant que si elle absorbe la totalité des médicaments qu'il donnera, ses jours ne seront pas en danger.
Ta mère obtient les clefs de son appartement et « Monsieur C » la revoit. Pendant que je travaille, elle en profite pour faire le déménagement. Elle repart avec bon nombre de mobilier et d’électroménager. Je me retrouve entre autre sans lit, sans canapé, sans machine à laver, sans sèche linge et une voiture à payer seul mais que je dois « prêter » à ta mère pour me permettre de te voir.
Par chance ta marraine me donne un vieux canapé qui me servira de lit.
Ta mère se fait déclarer comme mère isolée auprès de la CAF afin de toucher sans travailler 4000 Francs (600 euros) par mois + le loyer qui est entièrement payé (je comprends pourquoi, qu’en tant que garant de son appartement, elle ne souhaite pas que j’indique au propriétaire que je suis ton père).
Nous sommes en août 1995. Je pense être débarrassé de mes cauchemars et mes angoisses journaliers. Une vraie utopie car une bataille d’un nouveau genre commence.
Ta mère qui s’occupait des comptes personnels m’avait préparé quelques petites surprises au goût très amer.
Sa détermination : faire tout ce qu’elle peut pour m’empêcher de te voir. Il lui faudra plus de 10 ans pour achever sa mission.
Une page se tourne et nouveau combat va débuter.
Tu vas comprendre pourquoi nos chemins se sont séparés.