A chaque histoire, un commencement
Nous sommes en 1988. Depuis presque un an je suis animateur sur « Résonance », une toute petite radio locale qui émet à Bolbec. Je suis un jeune adulte plutôt réservé, mais la radio me donne l’occasion de me libérer quelque peu de cette timidité excessive.
Animer sur une radio devient une véritable passion. Certains pratiquent un sport pendant que d’autres collectionnent les timbres, mais moi, c’est la radio et rien que cela. D’ailleurs, ma mère me le reproche en m’expliquant très fermement que cette passion ne me mènera à rien dans la vie, et qu’au lieu de parler dans un micro je ferais mieux de réviser mon bac.
Effectivement, je ne peux pas la contredire. Mes notes ne sont pas réjouissantes, mais la radio n’en est pas totalement responsable.
Ce que ma mère oublie, c’est qu’au moment ou je passe mon bac, elle décide de se séparer de mon père. Je me retrouve dans un immeuble ou j’ai deux alternatives pour réviser : me boucher les oreilles ou écouter du Johnny Halliday !
Ce qu’elle oublie également, c’est que le jour ou j’apprends que son nouvel « homme » va vivre avec nous, sa femme débarque dans l’appartement en forçant la porte, prend un couteau posé sur la table de la salle et essaie de tuer cet infidèle.
Alors après ce genre d’événement, le bac….. !
Après cet épisode rocambolesque, le nouvel « homme » de ma mère redevient son simple collègue de travail, et nous retournons chez mon père, qui certainement naïf, ne sait rien de cette aventure extra conjugale.
Fort heureusement la radio me donne la force d’exister. En découvrant les résultats de mon bac, je sais qu’il est temps de stopper mes études : je suis recalé. De bénévole, je décroche un travail à temps partiel comme présentateur des infos locales. Rien de jubilatoire, mais au moins je rentre dans la vie active. Le soir je m’inscris dans une fac au Havre pour une capacité en droit.
Mais tout cela n’a lieu qu’en septembre, d’ici là il me reste du temps pour souffler un peu et décompresser en travaillant comme vacataire en centre de loisirs.
Juillet 1988, je commence une nouvelle session, pour la 4ème année, ou je suis embauché en qualité d’animateur. Ce petit job d’été me permet de retrouver une ambiance collégiale, dynamique et malgré tout professionnelle. S’occuper d’enfants n’est pas une chose si facile que cela. Il est demandé à l’animateur du sérieux, de la responsabilité, de la cohérence dans ses actes et ses propos, tout en gardant en mémoire, qu’il est engagé pour distraire des jeunes qui n’ont pas la chance de partir en vacances, loin de chez eux.
C’est dans ce centre que je rencontre ta mère. Je n’ai pas le coup de foudre. Je ne pense qu’au centre et le travail avec les enfants est pour moi important. Je trouve d’ailleurs qu’elle n’est pas très performante, mais je me dis qu’il s’agit certainement de son premier job comme animatrice et qu’il faut du temps pour apprendre.
Puis à la fin du centre de loisirs j’éprouve des sentiments pour elle. En revenant de vacances je décide de la revoir, pas elle.
Le jeu de la domination et de la manipulation avait commencé dès cet instant, mais comme chacun d’entre nous le sait : l’amour est aveugle….(et n'éblouit pas les cons).